JEAN-PAUL PORTE LE DEUIL

Jean-Paul :
(à l'auberge)
Puisque je suis trahi par mes aspirations,
j'ai trouvé un moyen d'exprimer à mes proches
combien j'ai changé:
dorénavant, je porterai le deuil de ma défunte naïveté
et de mes illusions perdues,
et ils seront tous bien obligés d'en prendre acte!
(dehors, avec Edmée et Maman)
Edmée :
Dis-donc Jean-paul, le coup du deuil, c'était mon idée!
tu pourrais faire preuve d'un peu d'originalité...
Jean-Paul :
mais ça n'a rien à voir! mais tu n'peux pas comprendre..
Edmée :
je comprends que tu me piques mes idées, c'est tout!
Maman :
mais qui est mort, Jean-Paul?
Jean-Paul :
mais personne, maman, c'est une image...
Maman :
Ah non, mon petit, c'est un brassard, je suis formelle!
Jean-Paul :
je sais, maman...
Maman :
donc quelqu'un est mort, c'est bien ce que je dis!
mais qui ça? Quelqu'un que je connais?
Edmée :
Mais non, Maman, Jean-Paul pleure son enfance perdue...
c'est bien ça, Jean-Paul?
Jean-Paul :
heu...pas tout-à-fait...
Maman :
tu as perdu un enfant, Jean-Paul?
Jean-Paul :
(retour à l'auberge)
Ma famille , comme prévu, ne comprend rien à ma démarche...
ce qui est plus embêtant, c'est que mes amis non plus...
Léopold :
dis-donc, vieux, déjà que je ne savais pas
que tu était intégré dans l'armée italienne...
Jean-Paul :
mais non, c'est pour faire joli, j'adore les bottes.
Léopold :
Aaah, d'accord! En tous cas je te présente toutes mes condoléances...
c'était quelqu'un de très proche?
Jean-Paul :
tu peux le dire, mon vieil ami, c'était mon innocence !
Léopold :
ah? je ne crois pas que je la connaissais...elle était mignonne?
heu...dis-donc, tu marches pas un peu vite, là?
Jean-Paul :
(retour à l'auberge)
Pourquoi personne n'entend mon appel?
Tant pis, je continue quand même,
en attendant de porter le deuil de mon pucelage...

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